À propos de l’astrocapitalisme

Interview d’Irénée Régnauld – Propos recueillis par Françoise Laugée

D’où vient cette expression ?

Nous avons forgé la notion d’« astrocapitalisme » avec le sociologue des sciences Arnaud Saint-Martin, à la suite d’autres auteurs dont les travaux ont été précurseurs en la matière– notamment Peter Dickens et James Ormrod1. Le concept restait toutefois à peaufiner, dans un foisonnement terminologique censé décrire avec justesse les propriétés et le fonctionnement de l’économie de l’espace. D’autres notions ont bourgeonné ici et là, comme le capitalisme cosmique et, bien sûr, le space capital – et sa déclinaison française, l’astropreneuriat. Ce vocabulaire reste toutefois le plus souvent celui des astrocapitalistes eux-mêmes et décrit moins le fonctionnement du système qu’il ne vise à en nommer les acteurs.

L’astrocapitalisme est une notion critique qui nous permet d’interroger les modalités d’expansion du capitalisme dans l’espace, notamment en orbite basse mais aussi sur terre, où bon nombre de start-up et d’organisations diverses y participent (groupes de pression, capital-risqueurs.

LE CAPITALISME SE PROJETTE DANS L’ESPACE POUR RESOUDRE SES CONTRADICTIONS

On pourrait également y ajouter une partie du champ littéraire dans l’astroculture). Un autre élément conceptuel central dans l’ouvrage vient de l’approche du géographe David Harvey et du concept qu’il invente pour décrire la manière dont le capitalisme se projette dans l’espace (terrestre, en l’occurrence) pour résoudre ses contradictions internes liées aux crises de suraccumulation. Il parle pour cela de « spatial fix » – c’est difficilement traduisible, mais le terme « solution spatiale » a émergé. La formule décrit l’expansion géographique et la quête de nouveaux débouchés, mais c’est aussi un jeu de mots : fix faisant référence à l’assouvissement d’un besoin irrésistible comme chez un drogué en manque. En tout état de cause, l’astrocapitalisme décrit un fantasme à visée lucrative et surtout spéculative : accumuler le capital sans limite dans l’espace.

Qui sont ces capitalistes du New Space ? Quels sont leurs objectifs ?

Les illustrations sont innombrables. Depuis les années 2000, une multitude de start-up occupent le créneau astrocapitalistique dans des domaines variés : lancement, reconnaissance, surveillance ou encore ramassage des débris spatiaux. Cette phase communément désignée sous la vulgate du New Space marquerait un point de rupture vis-à-vis des périodes précédentes (logiquement, le Old Space – celui des agences publiques).

LES TELECOMMUNICATIONS RESTENT ENCORE AUJOURD’HUI L’ESSENTIEL DU MARCHE DANS L’ESPACE

Une vision un peu plus historique donne à voir une réalité plus nuancée : la mise sur le marché de l’espace est consubstantielle à l’industrie astronautique. Le potentiel commercial de l’industrie des télécommunications est évident dès les années 1960, avec, en 1962, le vote au Congrès américain du Communications Satellite Act, qui crée un monopole public-privé impliquant une multitude d’entreprises (AT&T, ITT, RCS…). Les télécommunications restent encore aujourd’hui l’essentiel du marché dans l’espace.

Dans les années 1980 et notamment sous l’administration Reagan, l’exploitation commerciale de l’espace s’accompagne de privatisations ou de tentatives de privatisations multiples – une vision pro-business que vient consacrer la Commercial Space Policy de la Nasa puis l’Office of Commercial Space Transportation en 1984.

On pourrait presque faire remonter le New Space à ce moment, alors qu’en Europe émergent Ariane et la société privée Arianespace. Pour les États-Unis, l’objectif est d’assurer la mise en place du libre marché dans l’espace en confiant cette tâche à des entrepreneurs présentés comme plus compétents que les agences publiques. Les créneaux concernés sont variés : tourisme spatial (dans la navette), observation de la Terre (ou télédétection, remote sensing), météorologie, recherche & développement, etc.

L’OBJECTIF EST D’ASSURER LA MISE EN PLACE DU LIBRE MARCHE DANS L’ESPACE

L’essentiel des contrats de ces acteurs reste cependant public, peu profitable et largement conditionné à la commande publique, civile ou militaire. C’est en regardant de près cette construction progressive du capitalisme spatial qu’il faut analyser l’essor des entreprises du New Space au tournant du millénaire. De nouvelles ruptures ont ainsi lieu, par exemple en 2004, avec le programme Commercial Orbital Transportation Services (COTS) dont l’objectif était de développer des capacités de transport orbital vers la Station spatiale internationale (ISS) par des entreprises privées (et notamment SpaceX), afin de stimuler l’émergence d’un secteur spatial commercial dans le domaine, mais aussi pour réduire les coûts de la Nasa.

Comment s’est fait le basculement d’une industrie spatiale d’État, scientifique, de défense et de télécommunications, vers une industrie spatiale commerciale opérée par le secteur privé ? Et pourquoi ?

Historiquement, l’industrie privée s’est structurée pour répondre aux contrats des agences fédérales et des armées. Dans les années 2000, l’inflexion néolibérale se poursuit, avec le cadrage juridique précité. En d’autres termes, la Nasa va se mettre à financer le développement de solutions commerciales en achetant des services, sans toutefois être propriétaire des véhicules. Ce choix est aussi à replacer dans le contexte de l’explosion traumatisante de la navette spatiale Columbia en 2003. Une kyrielle de start-up émergent alors – SpaceX, mais aussi Virgin Orbit, Firefly, Rocket Lab, Vector Launcher, etc. –, grâce à des contrats gouvernementaux. Formellement, l’objectif est l’efficacité budgétaire à travers la délégation de services aux astrocapitalistes. Il faudrait toutefois nuancer l’idée selon laquelle nous serions passés d’une industrie d’État (défense, télécommunications) à une industrie à proprement parler privée qui aurait autonomisé ses marchés.

Le budget de la défense reste une manne de premier choix pour ces entreprises. Dans le domaine du lancement, par exemple, il s’agit surtout de répondre à la doctrine états-unienne et notamment au système spatial réactif, entendu comme la possibilité de placer en orbite des satellites en quelques jours ou quelques heures.

C’EST SOUS LA MANDATURE D’OBAMA QUE LE SPACE ACT RECONNAIT LA PROPRIETE DES RESSOURCES SPATIALES A TOUT CITOYEN AMERICAIN

Ces entreprises reposent sur soixante ans de construction d’un complexe militaro-industriel massif au centre duquel l’État décide encore d’attribuer ou non les autorisations de vol, de fournir le support militaire adéquat et d’assumer les potentiels dégâts suscités par ces acteurs. Enfin, l’entrée en vigueur en 2015 du Space Act (Spurring Private Aerospace Competitiveness and Entrepreneurship Act) signale le rôle toujours prégnant de la puissance publique qui balise cet astrocapitalisme. En l’occurrence, Démocrates et Républicains sont unanimes. C’est d’ailleurs sous la mandature d’Obama que le Space Act reconnaît la propriété des ressources spatiales à tout citoyen américain, un choix normatif qui ne va pas sans débats juridiques par ailleurs, puisque, selon les interprétations, il reviendrait sur l’un des principes fondateurs du droit spatial inscrit dans le traité sur l’espace en 1967 (lequel traité interdit dans son article 2 toute appropriation par les États… mais seulement
par les États).

Au profit de quels acteurs ?

Les acteurs qui bénéficient de cette reconfiguration astrocapitalistique sont assurément nombreux. Celui qui se singularise est SpaceX, entreprise qui, selon certains analystes, résume à elle seule le New Space. Si l’on se penche sur les récentes enquêtes réalisées – la dernière par le Washington Post – dans l’objectif de compter les fonds versés à ses activités, on aboutit à la somme de 22,6 milliards de dollars. Il est, dès lors, facile de comprendre qui bénéficie des mannes gouvernementales.

L’exercice est d’autant plus crucial que la position d’Elon Musk au sein du gouvernement Trump (qui l’avait mis à la tête du Department of Government Efficiency – DOGE) lui donne un rôle politique sans égal, y compris en matière de politiques spatiales. Le projet de retourner sur Mars dans des délais aussi courts (2026 pour un premier atterrissage à vide, deux à trois ans plus tard en mode habité) est loin d’être neutre ; il implique une franche remise en cause du programme de retour sur la Lune, Artemis, ainsi que des positions fragiles pour Boeing au sein du programme. De ce point de vue, et concernant Elon Musk en particulier, il faut non seulement considérer l’aspect financier, mais également le pouvoir politique offert à cet acteur du New Space. N’oublions pas non plus que, au cours des années 2000 et 2010, de nombreuses initiatives dans d’autres champs de l’astronautique – qu’il s’agisse de conquête lunaire ou d’extraction de minerais sur des astéroïdes – n’ont pas connu un tel succès. Beaucoup d’entreprises dans ces domaines ont fait faillite et les fonds des capital-risqueurs sont partis en fumée.

D’où viennent les financements ?

Les financements du New Space sont d’abord issus des mannes de la puissance publique, c’est-à-dire de l’État fédéral et de ses agences (NSA – National Security Agency, NRO – National Reconnaissance Office, pour les plus connues). SpaceX a ainsi bénéficié à lui seul de 1,8 milliard de dollars en 2021 pour la mise en place de la constellation de satellites à visée militaire Starshield, le tout financé par le NRO. De grands acteurs, issus notamment du numérique, ont également contribué à ces investissements, comme Google qui investit un peu moins de 1 milliard de dollars dans Starlink en 2015 avec le fonds Fidelity. L’investissement issu du capital-risque représente désormais une autre partie importante de ces investissements : de 2000 à 2019, on parle de 27,8 milliards de dollars fléchés vers 310 entreprises – il faut compter dans cette somme les emprunts et les financements d’amorçage lors de la création des start-up. Ce qui ne veut pas dire que toutes ces entreprises dégagent des bénéfices, loin de là : dans le secteur du tourisme spatial par exemple, Virgin Orbit (issue de l’entreprise Virgin Galactic fondée par le milliardaire Richard Branson) a mis la clé sous la porte en 2023, à la suite des échecs de lancements, et a vendu ses actifs, notamment à Rocket Lab, qui a racheté l’usine de production.

CETTE FINANCIARISATION A MARCHE FORCEE A ETE EFFECTUEE VIA DES VEHICULES OBSCURS COMME LES SPECIAL PURPOSE ACQUISITION COMPANY (SPAC)

Le fonctionnement du champ du New Space est donc plutôt darwinien, et de nombreux salariés sont licenciés à intervalle régulier.

Dans notre ouvrage, nous rappelons également que cette financiarisation à marche forcée a également été effectuée via des véhicules particulièrement obscurs comme les special purpose acquisition company (SPAC), qui permettent de lever des fonds considérables par la voie spéculative. Ce stratagème risqué a conduit à des introductions en Bourse rapides, via des fusions entre start-up et entreprises sans activité opérationnelle, la société nouvellement formée se trouvant brutalement soumise aux aléas du marché, quitte à faire sérieusement varier sa valeur boursière.

Quelle est la place de l’Europe dans ce New Space ?

Le phénomène du New Space s’est grandement internationalisé, principalement au Japon, au Luxembourg, aux Émirats arabes unis… Le continent européen n’a pas échappé à l’enthousiasme pour l’univers des start-up – avec la « start-up nation » en France, qui couvre également le secteur spatial. Le président de la République Emmanuel Macron a pris très tôt pour modèle SpaceX (au campus de start-up Station F, en 2018), mais cet engouement n’a pas toujours relevé de l’automatisme, suscitant des doutes çà et là. Arnaud Saint-Martin le montre bien dans son récent ouvrage2, en retraçant les interventions interloquées de certains dirigeants français, dont Jean-Yves Le Gall en 2009 qui, alors qu’il était PDG d’Arianespace, critiquait le modèle d’affaires de SpaceX. Ces acteurs font désormais profil bas : ils ont perdu des parts de marché.

L’échelle européenne est inséparable de l’échelon national dans la mesure où la politique spatiale européenne et l’Agence spatiale européenne sont marquées par une agrégation d’ambitions nationales qui oscillent entre coopération et concurrence.

LE CENTRE NATIONAL D’ETUDES SPATIALES (CNES) A CHANGE DE TUTELLE PRINCIPALE EN 2020, PASSANT DANS LE GIRON DU MINISTERE DE L’ECONOMIE

Le mécanisme financier qui régit leurs relations (et notamment la contribution budgétaire égalitaire aussi appelée « retour géographique ») est aujourd’hui au centre de nombreux débats : les acteurs du New Space plaident pour un modèle plus axé sur la concurrence dans des domaines prisés par l’astrocapitalisme tels que les micro-lanceurs ou encore le vol orbital (humain ou robotisé).

De même, en France, le Centre national d’études spatiales (Cnes) a changé de tutelle principale en 2020, passant dans le giron du ministère de l’économie en lieu et place du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est là un signal fort en faveur d’une industrie à visée commerciale, qui a d’ailleurs fait l’objet de virulentes critiques parmi les experts du domaine. Le changement d’orientation s’est concrétisé par d’importants crédits alloués à des entreprises privées dans le domaine du micro-lancement, et, avec, là encore, des controverses sur les débouchés réels de tels engins. L’Europe spatiale est aujourd’hui prise entre deux feux : d’une part, la volonté de libéraliser ces activités quand bien même les marchés sont souvent introuvables ; de l’autre, reconquérir son autonomie stratégique – prioritairement dans le domaine des télécommunications en orbite basse, pour répondre à Starlink avec une constellation européenne (Iris2) – sur fond de désaccords politiques entre la France, l’Allemagne (qui pourrait envisager une constellation nationale) et l’Italie (prête à signer un accord avec Elon Musk).

Quelles sont les ambitions des États-Unis dans ce domaine ?

Ces derniers temps ont été mouvementés. À la fois en raison du changement d’administration, mais aussi au cours des trois premières semaines de la seconde mandature de Donald Trump avec des oscillations permanentes sur la question de la conquête de Mars. Nous ne sommes d’ailleurs pas encore sortis de ces débats qui risquent de s’éterniser. Sur le fond, qui est avant tout une histoire stratégique et militaire, les objectifs n’ont cependant pas changé. Les États-Unis veulent conserver leur suprématie dans le milieu spatial, c’est-à-dire se rendre capables d’en dénier l’accès à des puissances adverses, dans la droite lignée d’une doctrine dite de Space Control. Si on observe toutefois une légère baisse dans les budgets de la Space Force, les montants dépassent encore, et de loin, les dépenses des autres puissances.

LE SPATIAL AMERICAIN EST SURTOUT AUX PRISES AVEC UNE ADMINISTRATION OUVERTEMENT ANTISCIENCE

Et c’est, bien sûr, sans compter sur les fonds qui pourraient être alloués au bouclier antimissile, dit Dôme de fer, rappelant évidemment l’Initiative de défense stratégique (IDS) lancée par Ronald Reagan dans les années 1980. Mais le spatial américain est surtout aux prises avec une administration ouvertement antiscience, qui sabre tous azimuts dans les budgets, tandis que la chief scientist de la Nasa, Katherine Calvin, a été congédiée. Le nouvel administrateur de l’agence, Jared Isaacman, milliardaire et astrotouriste (il a volé avec SpaceX en 2021, dans le cadre de la mission Inspiration4), promeut, quant à lui, une vision conquérante de l’espace, tout en négligeant les questions environnementales. Nous assistons donc à un grand moment de flottement, y compris concernant la présence lunaire. Dans le domaine spatial, tout doit réellement être mis au conditionnel, mais ce qui est très probable, c’est que les États-Unis ne pourront pas aller sur la Lune ou sur Mars, tout en restant une grande puissance militaire et scientifique. Des choix devront être opérés.

Que peut-on espérer ou redouter de la vision libertarienne de l’exploitation de l’espace défendue par l’administration Trump ?

Le désordre actuel est une calamité pour les questions climatiques et environnementales. Le spatial est un des secteurs clés dans ce domaine où les rôles de la Nasa et de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) ne sont plus à démontrer. Ce sont précisément ces agences qui sont aujourd’hui menacées, ce qui représente aussi une opportunité pour l’Europe, afin de reprendre une place de choix dans ces domaines scientifiques. La vision libertarienne de l’exploitation de l’espace n’en a, en réalité, que le nom : les projets de conquête de Mars nécessiteraient des budgets colossaux – sans soutien public majeur des citoyens américains – et la conquête de la Lune repose essentiellement sur une forte économie des promesses et sur une confrontation avec la Chine, qui a pris la place de l’ex-URSS. Si l’on peut désespérer pour la science, il n’y a rien à redouter de cette prétendue exploitation des astres, aucun retard à combler de ce point de vue, qui ne soit pas en tout cas l’œuvre rhétorique des acteurs y trouvant un bénéfice direct.

PEU DE PARTIS POLITIQUES EN FRANCE ONT D’AILLEURS QUELQUE CHOSE A DIRE SUR LES ENJEUX DU SPATIAL ET DE L’ASTRONAUTIQUE

La question pour l’Europe est toutefois complexe puisqu’elle revient, d’une part, à assumer son positionnement face aux États-Unis et à son modèle – Faut-il y souscrire ? Faut-il coopérer, y compris matériellement ? Que faire des programmes déjà engagés dans le cadre du programme Artemis ? – et, d’autre part, à espérer trouver un alignement stratégique sur les programmes qui comptent vraiment : télécommunications, espace militaire, science et exploration. La question est donc politique, au moins pour le cas français. Peu de partis politiques en France ont d’ailleurs quelque chose à dire sur les enjeux du spatial et de l’astronautique – une industrie pourtant en crise dans le pays : chez Airbus Defence and Space et chez Thales Alenia Space, des milliers d’emplois sont déjà en danger ; cela devrait nous interroger davantage quant à l’avenir d’une filière aussi stratégique.

Qu’en est-il de l’application des traités internationaux ?

C’est une question cruciale, qui ne peut être traitée que diplomatiquement. Historiquement, le spatial repose sur une série de traités signés dans les années 1960 et 1970 – pendant la guerre froide. Ils ont eu pour objet de réguler un espace largement militarisé, de le « civiliser » en quelque sorte, afin que chacun puisse en profiter sans nuire aux autres, ni à l’espace lui-même. Les années 2020 présentent des problèmes qui étaient alors difficilement envisageables à l’époque : des satellites par milliers et bientôt par dizaines de milliers, une recrudescence des risques de collisions et des catastrophes associées (par exemple, perdre l’accès à certaines orbites), auxquels il faudrait ajouter les effets environnementaux des retombées des satellites dans les hautes couches de l’atmosphère, encore trop peu documentés.

LA MEILLEURE MANIERE DE DEFENDRE UNE VISION DE L’ESPACE NON APPROPRIABLE ET PACIFIE EST DE NE PAS CAUTIONNER L’EXPLOITATION DES ASTRES

Si le traité de 1967 était respecté – dans le sens où il promeut, dans son article 1, des activités « pour le bien et dans l’intérêt de tous les pays, quel que soit le stade de leur développement économique ou scientifique », la situation serait sans doute très différente. Que l’on défende l’application des traités existants, ou que l’on en promeuve l’écriture de nouveaux, c’est surtout le jeu des alliances diplomatiques qui est en question, mais les arènes dédiées comme le COPUOS (Committee on the Peaceful Uses of Outer Space) sont, il faut le reconnaître, relativement impuissantes. Une première étape devrait sans doute être la cohérence : la meilleure manière de défendre une vision de l’espace non appropriable et pacifié est de ne pas cautionner l’exploitation des astres, tout en garantissant la préservation de l’environnement spatial. Tout un programme.