AI in Journalism Futures : Initial Report

Le journalisme du futur, sous la coupe d’une IA omnisciente ou avec une IA en laisse ?

L’Open Society Foundations, réseau de fondations créé en 1979 par le milliardaire et philanthrope américain George Soros, a récemment lancé le projet « AI in Journalism Futures », impliquant près de 1 000 participants internationaux, parmi lesquels des journalistes et des techniciens, afin d’envisager comment l’intelligence artificielle pourrait transformer notre écosystème informationnel dans les cinq à quinze prochaines années. À partir des 880 scénarios proposés, cinq ont été étudiés lors d’un atelier de travail en Italie, illustrant des futurs plausibles à moyen terme : Machines in the Middle ; Power Flows to Those Who Know Your Needs ; Omniscience for Me, Noise for You ; AI with Its Own Agency and Power ; AI on a Leash.

Le scénario « Les machines au centre » propose un écosystème informationnel au sein duquel la plupart des informations journalistiques et civiques sont collectées, traitées, assemblées et distribuées via l’IA. Les humains sont à la fois les sources et les consommateurs de cette information, mais l’IA médiatise quasiment l’ensemble des processus au sein de l’écosystème d’information, « devenant littéralement la salle de rédaction ». Ce scénario décrit « un écosystème d’information basé sur l’IA qui fonctionne largement sans journalistes », mais « cela ne signifie pas nécessairement qu’un tel écosystème fonctionnerait sans supervision éditoriale, ni même sans les valeurs et principes éthiques du journalisme, mais que cette supervision, ces valeurs et ces principes seraient appliqués via une couche d’IA entre les sources d’information et les consommateurs d’information ».

Le scénario « Le pouvoir va à ceux qui connaissent vos besoins » imagine que l’IA puisse créer toute forme de journalisme ou d’information, quel que soit le format, le style, le médium, etc., et quelle que soit la source. Le point central est de savoir quelle information produire pour chaque consommateur et selon quel mode de consommation particulier. « Que cet écosystème soit utopique ou dystopique dépendrait non seulement de qui contrôle l’IA, mais aussi de qui sait quoi en faire. C’est essentiellement une situation dans laquelle l’IA vous connaît mieux que vous ne vous connaissez vous-même, et il est donc dans votre propre intérêt de céder votre autonomie à cette IA », expliquent les auteurs.

Le scénario « Omniscience pour moi, bruit pour vous » envisage, lui, que les individus ou les groupes qui composent la société vivent des réalités très différentes en matière d’information, en fonction de leurs interactions avec l’IA. Le cas le plus significatif serait alors celui où des personnes s’informeraient essentiellement grâce à des outils assistés par l’IA, tandis que d’autres n’en disposeraient pas.

Le scénario « IA, une autonomie et un pouvoir » dessine un écosystème sans supervision humaine, dans lequel les algorithmes très puissants contrôlent à la fois la collecte et la consommation de l’information. « Ce scénario n’est pas une prise de contrôle de type "Terminator" des sociétés humaines par des machines super intelligentes, et il ne suppose aucune forme de conscience au sein des systèmes d’IA. Au lieu de cela, il décrit une situation plus nuancée dans laquelle les gens – consommateurs, ingénieurs, rédacteurs ou cadres – abandonnent progressivement de plus en plus d’autonomie aux systèmes d’IA adaptatifs jusqu’à ce que les humains ne contrôlent plus ces systèmes de manière significative », indique le rapport.

Enfin, le scénario « IA en laisse » décrit un écosystème informationnel dans lequel l’impact potentiel de l’IA est « considérablement restreint par les sociétés ou par l’action collective des consommateurs », soit par le biais d’une réglementation émanant de l’État, soit par le refus « des populations de participer aux médias ».

L’intérêt du projet AI in Journalism Futures, en plus de développer collectivement ces scénarios décrivant les effets potentiels de l’IA sur la production et la consommation de l’information et sur le métier de journaliste, réside également dans l’opportunité d’« observer comment les participants [...] abordent ces sujets » lors des discussions en atelier. Alors que « la plupart des participants pensent que l’intelligence artificielle va transformer en profondeur le traitement de l’actualité et le journalisme », il s’avère que « la plupart n’étaient pas capables d’identifier ni de décrire des scénarios spécifiques qui seraient fondamentalement transformateurs » pour le secteur. En outre, « la plupart des participants ont exprimé des doutes significatifs quant à la capacité de l’industrie traditionnelle des actualités et du journalisme à s’adapter avec succès à un écosystème d’information médiatisé par l’IA » et nombreux sont également ceux à avoir « partagé le sentiment d’être submergés par la complexité de l’IA et ses conséquences potentielles pour les actualités et l’information ». Néanmoins, une chose semble sûre : le journalisme du futur ne se fera pas sans journalistes.

AI in Journalism Futures : Initial Report, Open Society Foundations, David Caswell and Shuwei Fang, August 20, 2024.