EuroStack. A European Alternative for Digital Sovereignty

« L’EuroStack est notre moonshot » – l’évolution numérique de l’euro et du marché unique.

Le terme EuroStack a été lancé dans un billet de blog en décembre 2023 par l’une des auteures du rapport, la professeure Francesca Bria, chercheuse à la Fondation Mercator en Allemagne, et professeure honoraire à l’UCL (University College London) Institute for Innovation and Public Purpose (IIPP), en Grande-Bretagne. L’initiative a rapidement séduit une coalition d’acteurs européens réunis à Bruxelles en septembre 2024. De cet événement est né le présent rapport, publié en février 2025 par la Fondation Bertelsmann. Cette initiative est une feuille de route aussi ambitieuse qu’originale : 300 milliards d’euros sur dix ans pour une souveraineté numérique européenne, afin que cessent nos dépendances technologiques et politiques critiques vis-à-vis de puissances étrangères. Actuellement, plus de 80 % des infrastructures et technologies numériques de l’Europe sont importées, créant des vulnérabilités systémiques face aux puissances technologiques américaines et chinoises. Près de 70 % du marché européen du cloud computing est contrôlé par trois entreprises américaines – Amazon, Microsoft et Google –, quand le plus grand fournisseur européen, Deutsche Telekom, ne détient que 2 % de ce marché.

L’Europe achète environ 20 % de la production mondiale de puces électroniques, mais elle n’en fabrique que 9 %. En 2023, l’investissement privé en IA générative a atteint 22,4 milliards de dollars aux États-Unis, contre 2,4 milliards de dollars en Europe. Pour contrer cette dépendance, EuroStack propose un plan d’investissement axé sur la création d’un « stack » numérique européen commun, une « pile composée de couches technologiques interconnectées allant des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle (IA) au cloud computing et aux systèmes quantiques ». L’intérêt de cette proposition réside en grande partie dans son approche tout à la fois globale, fédérée et décentralisée, suivant des plans d’action concrets dont l’objectif est de contourner les stratégies dirigistes et centralisées de la Chine ou la domination des écosystèmes propriétaires et verticalement intégrés des Gafam.

Le cadre EuroStack est bâti sur sept principes clés :

  • « souveraineté et sécurité », une infrastructure numérique européenne sous juridiction
    et protection européenne ;
  • « dépropriétarisation et interopérabilité», la promotion d’un stack technologique fédéré et open source ;
  • « durabilité», la conception de systèmes écoénergétiques et résilients, alignés sur les objectifs climatiques ;
  • « les données comme bien commun», les données comme ressource partagée, l’innovation encouragée tout en protégeant les droits ;
  • « infrastructure souveraine décentralisée», la combinaison de l’edge computing et des systèmes centralisés pour l’efficacité et la souveraineté ;
  • « gouvernance inclusive», des réglementations harmonisées et des mécanismes de responsabilité pour l’équilibre entre résilience et autonomie ;
  • « démocratie forte», des technologies numériques au service des sociétés démocratiques.

Au cœur de cette initiative, le concept de « souveraineté numérique » repose sur une infrastructure en sept couches interdépendantes, « infrastructural layered framework », qui s’étend des fondations physiques, telles que les ressources et les puces avec la couche EuroChips visant à renforcer l’infrastructure des semi-conducteurs, jusqu’aux applications les plus avancées. Elle comprend les réseaux avec la couche EuroConnect pour assurer une connectivité paneuropéenne fiable, ainsi que l’internet des objets (IoT) avec les appareils connectés soutenus par SmartEurope IoT pour le déploiement de systèmes interopérables. Avec SovereignCloud, l’infrastructure cloud constitue le noyau numérique sécurisé de l’Europe, tandis que la couche EuroOS agit comme un centre de contrôle intégrant des services fondamentaux, notamment liés au portefeuille d’identité numérique (EUDI Wallet) et à l’euro numérique. Les plateformes logicielles, applications et algorithmes, sont ensuite complétées par les données et l’intelligence artificielle, avec DataCommons qui établit un échange fédéré de données et SovereignAI qui fournit une IA en tant que service, afin d’alimenter les secteurs critiques et de catalyser l’autonomie stratégique du continent.

Selon ces auteurs, cette approche systémique permettrait d’identifier et de renforcer les vulnérabilités de manière ciblée, s’assurant que le développement d’une couche a des effets d’entraînement positifs sur l’ensemble de l’écosystème numérique. L’initiative EuroStack met ainsi l’accent sur la construction d’un « fondement dorsal structurel » de la société, intégrant des solutions interopérables, évolutives et alignées sur les valeurs européennes. L’initiative lancera prochainement le « défi EuroStack », un concours visant à identifier et à financer des produits minimaux viables (Minimum Viable Product) qui répondent aux critères d’ouverture et d’interopérabilité de l’initiative. Pour la professeure Mariana Mazzucato, directrice et fondatrice de l’UCL IIPP, « le rapport EuroStack est un appel puissant pour que l’Europe dépasse l’incrémentalisme et adopte une approche axée sur la mission pour la souveraineté numérique. […] Les investissements ambitieux doivent
s’accompagner de conditionnalités audacieuses, garantissant que la collaboration privée s’aligne sur les ambitions de durabilité, d’inclusivité et industrielles de l’Europe ».

A European Alternative for Digital Sovereignty, Francesca Bria, Paul Timmers, Fausto Gernone, EuroStack – Bertelsmann Stiftung, Gütersloh, February 2025.