Raspberry Pi, le nano-ordinateur produit au Royaume-Uni depuis 2012

Surnommée l’« Apple des geeks », l’entreprise, qui est introduite en Bourse en juin 2024, a trouvé son public dans l’éducation avec des projets amateurs comme dans l’industrie.

Raspberry Pi est un ordinateur monocarte, plus petit qu’une carte de crédit, connu pour son faible coût, sa polyvalence et son unité de production dans le pays de Galles. Son histoire commence en 2006 lorsque les ingénieurs Eben Upton, Rob Mullins, Jack Lang et Alan Mycroft, membres du laboratoire informatique de l’université de Cambridge au Royaume-Uni, ont réalisé que les étudiants postulant en informatique avaient de moins en moins de compétences en la matière. « Le manque de matériel informatique programmable pour les enfants, comme celui que nous avions dans les années 1980, compromet la formation de jeunes de 18 ans capables de programmer, ce qui pose un problème aux universités. Cela compromet ensuite la formation de jeunes de 21 ans capables de programmer, ce qui cause ensuite des difficultés pour l’industrie », expliquait Eben Upton en 2012 dans une interview pour le magazine en ligne Linux User. Il leur faudra six ans pour mettre au point une première version commerciale de cet ordinateur monocarte qui deviendra l’objet culte qu’il est aujourd’hui.

La Fondation Raspberry Pi est une organisation caritative britannique fondée en 2008 pour populariser et promouvoir l’informatique auprès des jeunes. Elle s’inscrit dans le mouvement culturel du Do it yourself (DIY), « Fais le toi-même », et plus largement des logiciels libres (open source software), du matériel libre (open source hardware) avec Wiring/Arduino vers 2004, et des makers, qui mêlent électronique, impression 3D et programmation.

Un ordinateur monocarte (Single-Board Computer – SBC) est un ordinateur complet, c’est-à-dire une carte mère, construite sur un circuit imprimé, avec un ou plusieurs microprocesseurs, de la mémoire, des lignes d’entrée/sortie et quelques éléments permettant d’en faire un ordinateur fonctionnel. Il n’y a ni clavier, ni souris, ni écran, ni périphérique, non seulement pour diminuer les coûts et également pour permettre à quiconque de se servir de matériel ancien ou de récupération. Le 29 février 2012, les premiers exemplaires du Raspberry Pi, dont le schéma et le plan du circuit imprimé sont rendus publics, sont animés par un processeur ARM à 700 MHz (mégahertz) et 256 Mo (mégaoctets) de RAM, et vendus en ligne, pour 25 dollars. Avec 200 000 prédemandes trois semaines avant le lancement, les 100 000 premiers Raspberry Pi trouvent acquéreurs si rapidement que le site internet de la fondation et les deux sites partenaires, Farnell et RS Components, tombent, sous le poids des requêtes. Pour des raisons fiscales, les premières séries sont produites à Taïwan et en Chine. En effet, une entreprise britannique important des composants électroniques fabriqués à l’étranger doit s’acquitter de taxes alors qu’un appareil construit à l’étranger puis importé au Royaume-Uni ne génère aucun droit de douane. Mais, dès septembre 2012, face au succès commercial des premiers modèles, le projet est en mesure de garantir une demande suffisamment importante pour que les nano-ordinateurs soient produits dans l’usine Sony de Pencoed, au pays de Galles, créant à l’occasion une trentaine d’emplois, et dont le partenariat symbolise une relocalisation manufacturière inédite.

Depuis sa création en 2012, Raspberry Pi a vendu plus de 68 millions d’unités, toutes versions confondues, c’est-à-dire les modèles classiques (Model A/B, Zero, 2, 3, 4, 5), les Compute Modules – des versions miniaturisées destinées à l’intégration industrielle – et les microcontrôleurs Pico – des microcontrôleurs ultra-compacts conçus pour des projets embarqués simples. Selon la Fondation Raspberry Pi, les acteurs industriels et les fabricants de matériels embarqués apportent dorénavant les trois quarts des revenus de l’entreprise. On trouve des Raspberry Pi dans les usines pour la gestion de lignes de production, pour contrôler des machines, gérer des caméras de surveillance ou le chauffage, etc. « Beaucoup de départements R&D s’approprient les produits Raspberry Pi, y compris dans la French Tech, pour élaborer leurs produits et services », explique Ouassim Driouchi, consultant Bearing Point sur l’internet des objets.

Pour gérer la conception, la production et la distribution des nano-ordinateurs, la fondation a créé en 2012 une entité commerciale ad hoc, Raspberry Pi (Trading) Ltd, renommée par la suite Raspberry Pi Ltd, dans le but de financer des activités caritatives – rendre l’informatique accessible et abordable pour tous –, grâce à des opérations commerciales, lesquelles ont généré quelque 50 millions de dollars depuis la création de la fondation. En juin 2024, Raspberry Pi Holdings Plc, la société mère de Raspberry Pi Ltd, a été introduite en Bourse à Londres, levant 166 millions de livres sterling et valorisant ainsi l’entreprise à la hauteur de 542 millions de livres sterling. Depuis, la Raspberry Pi Foundation détient 49 % des actions de Raspberry Pi Holdings, ce qui lui permet de rester l’actionnaire principal et de continuer à financer ses activités éducatives. Même si les bénéfices avant impôts de Raspberry Pi ont largement chuté de 50 % en 2024 – soit 16,3 millions de dollars –, l’entreprise a déclaré un résultat d’exploitation de 37,2 millions pour un chiffre d’affaires de 259 millions de dollars, -2 % sur un an. Ces difficultés, dues notamment à des problèmes de stocks, seraient dorénavant résolues. Ayant lancé plus de produits que jamais au second semestre 2024, l’entreprise s’attend, selon les propos rapportés par le Financial Times, à « une reprise progressive de la demande tout au long de l’année, ce qui nous place en bonne position malgré les incertitudes macroéconomiques et géopolitiques persistantes ».

Sources :

  • Lee Robert, « Raspberry Pi balks at UK tax regime », Tax-News.com,  archive.wikiwix.com, January 17, 2012.
  • Halfacree Gareth, « Raspberry Pi interview: Eben Upton reveals all », Linux User, archive.wikiwix.com, February 19, 2012.
  • Le Bourlout Éric, « Raspberry Pi : le micro-PC à 25 euros fait un carton », 01net.com, 29 février 2012.
  • Dunn John E., « Raspberry Pi resurrects UK computer industry with new jobs », computerworlduk.com, archive.wikiwix.com, September 7, 2012.
  • Lomas Pete, « Raspberry Pi’s secret: "Sell out a little to sell a lot" », wired.com, September 25, 2012.
  • Upton Eben, « Happy Birthday to us », raspberrypi.com, February 28, 2022.
  • Colligan Philip, « What would an IPO mean for the Raspberry Pi Foundation? », raspberrypi.org, May 28, 2024.
  • Dummett Ben, « Budget computer maker Raspberry Pi soars in trading debut », wsj.com, June 11, 2024.
  • Ren Henry, « British PC Maker Raspberry Pi Soars in London Trading Debut »,  bloomberg.com, June 11, 2024.
  • Smith Kieran, Bradshaw Tim, « Raspberry Pi profits drop in first results since IPO », ft.com, April 2, 2025.