Wiz : Alphabet teste la politique de concurrence de la nouvelle administration américaine

Avec son plus gros rachat jamais réalisé, Alphabet devra convaincre les autorités américaines de concurrence qui ne relâchent pas leur pression sur les Big Tech.

La proximité de Donald Trump et d’Elon Musk, ainsi que la présence de tous les dirigeants des Big Tech à l’investiture du nouveau président des États-Unis paraissent être les signaux d’une mansuétude nouvelle à l’égard des principaux acteurs américains de la Tech, essentiels dans l’affirmation d’une « Amérique » puissante et conquérante.

Ces signaux sont toutefois contredits par d’autres. Le vice-président des États-Unis, JD Vance, a toujours dénoncé les monopoles des Gafam et a même appelé à démanteler Google en 2024, l’année où cette option est devenue probable suite à la décision du juge Amit Mehta dans le procès intenté par le DoJ (Department of Justice) contre Google et son moteur de recherche (voir La rem n°71, p.73). Lancé en 2020 par quarante-neuf États américains et le DoJ sous la première administration Trump, ce procès a incarné ensuite la volonté de l’administration Biden de contenir le pouvoir des Gafam et de rétablir une plus grande concurrence sur le marché numérique, ce qui s’était illustré par la nomination de Lina Khan à la tête de la FTC (Federal Trade Commission) (voir La rem n°59, p.95). Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, Lina Khan a, certes, été remerciée, mais son remplaçant, Andrew Ferguson, est lui aussi critique à l’égard des Gafam, comme l’est Gail Slater, à la tête de la division antitrust du DoJ (voir La rem n°72, p.67). Les grands procès antitrust aux États-Unis s’enchaînent d’ailleurs les uns après les autres : le DoJ a ouvert le 14 avril 2025 le procès antitrust contre Meta, lui reprochant d’avoir racheté Instagram et WhatsApp pour étouffer la concurrence ; le juge Amit Mehta a reçu Alphabet en audience une semaine plus tard pour entendre ses propositions de remèdes à sa position dominante, injustement acquise, faute de quoi il pourrait exiger que Chrome soit scindé d’Alphabet.

Ces procès, qui attestent d’une certaine continuité entre les administrations Biden et Trump, n’ont pas empêché Alphabet de tenter un pari de grande ampleur vis-à-vis des autorités de concurrence. En effet, le 18 mars 2025, Alphabet a annoncé le rachat de Wiz pour 32 milliards de dollars, ce qui en fait l’acquisition la plus chèrement payée de toute l’histoire du groupe. Wiz est une start-up fondée par des spécialistes du renseignement israélien, qui ont développé un logiciel de cybersécurité adapté au cloud computing, les menaces venant désormais, et de plus en plus, des salariés des entreprises connectés à distance. Avec le développement du télétravail depuis 2020, la start-up fondée la même année a connu une très forte croissance.

Alphabet, troisième acteur mondial du cloud computing, présent dans les entreprises avec sa suite Workspace, tente donc d’en prendre le contrôle, mais l’opération est risquée sur le plan de la concurrence. Huit mois plus tôt, Wiz avait, pour ces mêmes motifs, refusé une première offre de rachat à 23 milliards de dollars. La nouvelle offre l’a emporté, mais les obstacles concurrentiels persistent. Certes, Alphabet ne représente que 12 % du marché mondial du cloud selon Synergy Research Group, quand Amazon en contrôle 30 % et Microsoft 21 %. Mais Alphabet est un acteur majeur de l’IA générative avec Gemini, et ses concurrents sur l’IA dépendent potentiellement de ses offres de cloud. Il sera alors facile d’identifier des points de vigilance si ce rachat devait être autorisé, puisqu’il constitue de facto le premier test de la politique de concurrence de la nouvelle administration Trump dans le domaine des technologies.

Sources :

  • Goulard Hortense, avec R.G., « Avec Wiz, Google réalise la plus grosse acquisition de son histoire », Les Échos, 19 mars 2025.
  • Dèbes Florian, « Accusé de monopole, Google de retour au tribunal pour sauver Chrome », Les Échos, 22 avril 2025.
  • Masmi-Dazi Fayrouze, « Procès US vs Google Search : les premières confrontations à l’audience sur la cession de chrome et les contrats d’IA Générative », themedialeader.com, 23 avril 2025.